Col du Grand Saint Bernard

Le Tour du Mont-Blanc 2016

Samedi 16 Juillet
330kms – 8000D+
650 partants

Le déplacement pour aller aux Saisies n’a pas été trop long: à peine 2h30 de voiture depuis Villars, et un simple intermède dans les vacances!
En plus l’itinéraire rejoint le parcours du Tour du Mont-Blanc à Martigny, ce qui me permet de repérer (à l’envers) la descente de la Forclaz, des Montets, et le tronçon de Saint-Gervais aux Saisies. Bonne surprise, le Tour de France passant par là dans quelques jours, les tronçons les plus pourris de la descente des Saisies vers Flumet ont été refaits! C’est un soulagement car il faudra emprunter cette descente en nocturne…

Belambra "Les Embrunes" - Les Saisies
Belambra « Les Embrunes » – Les Saisies

La famille s’installe donc dès le jeudi soir, en espérant que la météo soit meilleure pour le week-end, car pour l’instant c’est pluie et 6°C à 1600m!

Les Saisies
Les Saisies

Heureusement le vendredi matin le temps est favorable et je pars faire une petite reconnaissance de la montée du Col des Saisies depuis Beaufort. L’ascension en passant par Hauteluce sera une première pour moi. Les pourcentages sont réguliers autours des 7%, tant mieux car samedi le pied de la montée sera situé au… 315ème kilomètre!

Retrait des dossards
Retrait des dossards

L’après-midi sera consacrée au retrait des dossards au Centre Aquasportif et à la récupération. Chacun a également la possibilité de déposer 2 sacs à l’organisation, qui seront acheminés aux ravitaillements choisis. Après réflexion, j’expédie les miens au Col du Grand Saint-Bernard et au Col du Petit Saint-Bernard.

Sacs pour le ravitaillement
Sacs pour le ravitaillement

A l’intérieur, je place tout ce qu’il faut pour survivre jusqu’à l’arrivée: Coca, sandwichs, compotes de pomme, sachets de boisson énergétique, Kitkat, etc. Méfiance, c’est une organisation Sport Com’!

Briefing d'avant course
Briefing d’avant course

Le briefing a lieu à 17h, le règlement est passé en revue pour rappeler à chacun les principales mesures de bon sens (avoir sur soi un téléphone portable, un moyen de paiement, etc.) ainsi que l’emplacement des ravitaillements et quoi faire en cas de problème. La réunion dure une quarantaine de minutes et met les 650 concurrents dans le bain!

Prêt à partir
Prêt à partir

Samedi matin le réveil sonne à 3h45, dur! Dehors c’est nuit noire et 6°C, le vélo est prêt, le cycliste aussi: jambières, manchettes, Gore-Tex, gants longs, gilet réfléchissant.
Le sac à dos de trail (essayé lors de ma sortie de préparation de 250kms) est vide, il se remplira au fur et à mesure que la température monte et que j’enlève des couches. Le plan est de le laisser plein dans mon sac au Grand Saint-Bernard et de faire la 2ème moitié du parcours en mode light.

Départ du Tour du Mont-Blanc
Départ du Tour du Mont-Blanc

A 4h35 je suis sur le vélo pour faire les 3kms jusqu’au départ en haut du village.
Le sas se remplit petit à petit et de nombreux malins ne respectent pas le règlement, qui impose pourtant une lampe avant >300 lumens et un gilet réfléchissant. Pourquoi s’encombrer et s’alourdir quand on peut profiter de l’éclairage et de la visibilité des autres? Bof.

TMB_SRMA 5h00, c’est parti pour une folle journée de vélo! La descente jusqu’à Flumet est neutralisée pour la sécurité de tous. Le rythme est correct, et c’est un serpent lumineux façon descente aux flambeaux qui dévale la montagne. Les participants sont d’un niveau élevé, ça vire bien et il n’y a pas de coups de freins intempestifs comme trop souvent au départ des cyclosportives classiques.

Une fois dans la vallée, la voiture ouvreuse s’éloigne et chacun trouve son rythme dans le faux-plat vers Megève. La vitesse est modérée, chacun gère en pensant au reste de la journée!

La descente vers Passy se fait sans histoire, et il faut maintenant remonter la vallée vers Chamonix en passant par la route de Vaudagne pour éviter la N205. Les 550D+ finissent de bien échauffer tout le monde, mais il fait toujours 6°C: tenue d’hiver de rigueur!
Chacun peut également apprécier l’état désastreux des routes savoyardes, un vrai champ de mines…

Chamonix est encore endormie quand nous la traversons, personne dans les rues et quasiment aucune voiture. Le Col des Montets n’est qu’une formalité, surtout que les groupes sont homogènes et que tout le monde roule à l’économie. Je me limite volontairement à un petit I3 (240W) pour garder de l’énergie pour la suite!

Une fois la frontière avec la Suisse passée au Chatelard, la route se transforme en un billard incroyable, le bonheur! Dans ce sens le Col de la Forclaz n’a rien de redoutable, et on peut attaquer la descente vers Martigny avec les premiers rayons du soleil.
Le 1er cut est franchi avec presque 2h d’avance,

Jusqu’ici tout va bien!

Avant d’attaquer la 1ère montée sérieuse du jour vers Champex Lac, tout le monde tombe les jambières et les vestes. Cette fois c’est du sérieux: 14kms à 7%, mais surtout les 10 derniers à 9% de moyenne!
Sur le 39×32 j’essaye de ne pas dépasser les 220W en grimpant dans un nouveau style « économie d’énergie »: souple, sans tirer sur les bras et le dos! Tranquille, tranquille…

La descente suivante nous fait retomber à Orsières à 892m, sur la route du Col du Grand Saint-Bernard. La route est étroite, mais c’est du billard et il y a peu de voitures: le bonheur!

Pour avoir assez de batterie pour la journée, j’ai mis mon PC8 en mode GPS-5s, ce qui provoque quelques bugs de vitesse/distance: à la fin de la journée il me manquera un bon 30kils (dont quelques uns de tunnel/pare avalanche). Mais je finirai avec 50% de batterie, tandis que les possesseurs de Garmin en ont soit utilisé plusieurs, soit rechargé en roulant avec une batterie USB. Et au final Strava n’a rien trouvé à y redire, donc merci SRM!

Col du Grand Saint Bernard
Col du Grand Saint Bernard

Le Grand Saint-Bernard, par contre, c’est la misère jusqu’à l’entrée du tunnel à 1900m: voiture – moto – camion, et on recommence. Le tout sur une route large avec entre 4 et 6% de pente et un petit vent de face…
L’arrêt au ravitaillement de Bourg Saint-Pierre est apprécié!
Au dessus du tunnel, il reste 6kms à 9% de moyenne mais malgré l’altitude >2000m tout se passe bien. Sans doute que quand tu roules à 220W, tu perds moins de watts en route!

Le sommet est juste magnifique, et marque l’entrée en Italie.
C’est aussi le 1er gros ravitaillement et mon 1er sac. Dans les points positifs: les bénévoles sympas et l’approvisionnement (du vrai Coca, incroyable!). Dans les points négatifs: ça manque de barrières pour poser les vélos et de bancs pour s’assoir. Sur une épreuve de 330kms ce ne serait pas du luxe!

Jusqu’ici tout va bien!

La descente vers la Vallée d’Aoste est roulante, un nouveau groupe se forme. La température commence à monter sérieusement: en bas on finira à 37,1°C!
Le faux plat vers La Salle est interminable et je finis carbonisé au ravitaillement après les 25kms à 2,5%. Aucune ombre pour manger, surchauffe assurée! En plus en haut du Grand Saint Bernard je me suis fait refiler un bidon de boisson énergétique trop concentré qui va me coûter cher par la suite. Erreur de débutant!

L’entame du Col du Petit Saint-Bernard est rendue pénible par la chaleur ambiante et les presque 4800D+ déjà au compteur! J’ai une brique dans l’estomac, et même si cette fois je me suis limité à du sirop de menthe, je me suis à nouveau fait refiler un bidon trop concentré qui finira de m’achever.
Après La Thuile, la température chute avec un fort vent de face glacial qui nous scotche au bitume.
L’arrivée au sommet sonne le retour en France. L’euphorie qui m’avait accompagnée jusqu’à Aoste est terminée, le retour sur terre est brutal, sous forme d’un 190W max dans les montées et d’une impossibilité d’avaler quoi que ce soit… J’abandonne mon sac à dos pour m’alléger au maximum. Le plan était aussi d’y laisser mes lumières, mais heureusement j’oublie de les mettre dans le sac!

La fête est finie…

Maintenant, il faut rentrer coûte que coûte! Heureusement la descente est roulante et le passage à La Rosière me rappelle quelques vieux souvenirs de la Vanoise. Les 30kms jusqu’à Bourg Saint-Maurice me paraissent une éternité. La bonne nouvelle, c’est que j’ai toujours 2h d’avance sur le cut et que je peux prendre le temps de boire un Coca et de manger des pâtes bolo au ravitaillement. 20min de pause, et toujours un estomac de plomb!

Le Cormet de Roselend est un vrai calvaire, ses 19kms sont interminables. Il faut dire qu’à 9km/h au compteur les bornes défilent… lentement! Dommage car le paysage est magnifique…
En tout cas maintenant c’est du chacun pour soi. En haut, je suis frigorifié par le vent, des gars d’une agence de voyages cyclistes anglaise me prêtent une vieille couverture pendant que j’envoie laborieusement un SMS pour dire que je suis encore en vie. Sauf qu’il n’y a pas de réseau…

La descente est laborieuse, voire inquiétante avec un essoufflement inhabituel. Parano, je commence à envisager l’œdème pulmonaire, sans compter le vieux mal d’épaule qui vient d’apparaître…
Arrêt au barrage, et re-SMS: j’abandonne. Mais il n’y a toujours pas de réseau, ce qui va me sauver en définitive: obligé de continuer!

Scotché dans le descente, Beaufort finit par arriver et la montée finale vers Les Saisies. Trompé par la fiche de route, je m’imagine qu’il n’y a que 600D+ pour remonter, alors qu’en fait c’est bien un dernier 950… Un mal pour un bien, car il n’est plus question d’abandonner!
La température est retombée avec le coucher du soleil imminent, mais mon gore-tex me tient trop chaud. Yes, un prétexte pour s’arrêter quelques instants après Hauteluce, vers 1050m!
Nouveau SMS pour annoncer mon arrivée nocturne, et c’est reparti!
L’objectif est d’arriver à 1300m avant d’utiliser l’allumage des lumières comme prétexte pour m’arrêter à nouveau, mais ça va moins mal et mon compteur frôle régulièrement les 10km/h, incroyable!
Finalement pas de pause et les lumières de la station s’approchent dans la nuit désormais noire. Il ne reste plus que 100D+!

Malgré ma grosse craquante depuis le Petit Saint-Bernard il reste beaucoup de monde sur la route, et je franchis la ligne aux Saisies en 17h16 – temps organisation, soit 15h57 – temps compteur.
Il n’y a pas de classement officiel, mais un copier/coller et un tri sur Excel me placent 228ème sur environ 600 partants hors relais. Pas si mal!
A 22h15, mon regret est que les enfants soient déjà couchés: pas de famille à l’arrivée!

Le retour vers le Belambra est un vrai calvaire, 3kms interminables dans la nuit et le froid. L’appart est au 1er étage, je n’essaye même pas de monter le vélo tout seul par les escaliers. Sur la route depuis plus de 18h, il me faut près de 30min allongé en tenue complète avant de pouvoir aller me doucher. Douche interrompue par un bon vomissement qui me permettra d’évacuer la maudite boisson énergétique du Grand Saint-Bernard!

Bref, une journée épique de vélo, sur un parcours somptueux.
La chaleur torride en Italie et ma naïveté au ravito auront (failli) provoquer ma perte. L’absence de réseau dans la descente du Cormet de Roselend m’a sauvé en rendant l’abandon impossible! Comme quoi ça ne tient qu’à un fil!

Récup' au bord de la piscine
Récup’ au bord de la piscine

2j après, la récupération au bord de la piscine a été bonne et le sentiment d’avoir accompli un exploit a pris le dessus! 330kms et 8000D+ en un jour, Yes!

2 réflexions au sujet de « Le Tour du Mont-Blanc 2016 »

  1. Formidable compte rendu ! Ton meilleur ! J’ai failli pleurer en lisant que les enfants étaient au lit ! C’est atroce 🙁 bravo en tout cas et vive l’absence de réseau…Magnifique performance. Encore bravo !

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